Au printemps 1998, après trois années d’âpres négociations, les 29 pays membres de l’OCDE s’apprêtaient à signer l’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI), qui visait à combler certaines lacunes des traités existants (dont en particulier celui de l’OMC) au chapitre des relations entre firmes transnationales et gouvernements nationaux. L’Accord – s’inspirant d’ailleurs en cela de l’ALÉNA – allait désormais interdire toute soi-disant « discrimination » à l’égard des investisseurs étrangers, en permettant notamment à ceux-ci de contester légalement certaines réglementations nationales. On connaît la suite. Qualifié de « chèque en blanc » accordé aux firmes transnationales, l’AMI se buta à l’opposition farouche de groupes préoccupés d’environnement, de droits des populations locales, d’affirmation culturelle, de démocratie, voire de souveraineté nationale, et il ne fut pas ratifié; il aura finalement plutôt servi à déclencher le vaste mouvement anti-mondialisation qui a aujourd’hui le vent en poupe.

On a surtout attribué l’échec de l’AMI à la manière, éminemment non transparente et centrée sur des aspects techniques, dont sa négociation fut menée. Avec quelques années de recul, on peut toutefois conclure que le processus de négociation, ainsi que le contenu et l’intention même de l’Accord, étaient plutôt symptomatiques des graves problèmes de gouvernance auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.

Gouvernance des institutions, d’abord. Car il faut bien admettre, d’une part, que la représentation des intérêts légitimes des parties prenantes du commerce international au sein d’organismes-clés comme l’OMC et le FMI reste à ce jour imparfaite, et d’autre part, qu’il n’existe actuellement pas de mécanismes efficaces et crédibles de coordination des multiples ONG, fondations, et initiatives privées oeuvrant à fournir et à préserver certains « biens publics globaux » essentiels, comme l’écosystème planétaire, le patrimoine génétique, les ressources marines, ou encore simplement le « goodwill » des populations à l’égard des échanges commerciaux transnationaux et des institutions qui les régulent.

Gouvernance des entreprises et des firmes transnationales aussi, et sur au moins deux volets. Car l’intention originale du traité de protéger les investisseurs étrangers met évidemment le doigt sur certaines craintes légitimes, se rapportant entre autres à la régie d’entreprise (comme en témoignent éloquemment les crises japonaise et asiatique ainsi que les faillites scandaleuses des ENRON, Waste Management, WorldCom, Adelphia, etc.), mais elle relance simultanément et en contrepartie, selon la substance même des revendications des opposants à l’AMI, le vieux débat sur la responsabilité sociale et environnementale des firmes.

Il est à prévoir que les réflexions et la recherche visant à résoudre ces problèmes de gouvernance se poursuivront tout au long de la présente décennie et que des percées significatives restent à faire.

Les objectifs de la Chaire sont donc de contribuer à :

  • l’avancement des connaissances sur les aspects micro-économiques de la mondialisation ayant des ramifications pour la gouvernance mondiale, la régie des entreprises transnationales et la responsabilité sociale et environnementale des firmes;
  • la formation de haut niveau en analyse économique des grands enjeux de la mondialisation et des problèmes de gouvernance publique ou privée qu’ils sous-tendent;
  • développer un centre de référence et d’expertise sur la gouvernance corporative et institutionnelle internationales, à l’usage des entreprises et des organismes publics.