Les thèmes de recherche proposés ci-après se situent à la croisée de l’économie de l’environnement, de l’économie internationale, du management international et de la théorie des organisations. Leur principal (mais non unique) fil conducteur demeure la théorie des incitations.

Panorama et analyse de la mondialisation

Pour remplir sa mission, la Chaire devra évidemment entretenir un volet de compréhension et d’analyse des aspects micro-économiques du contexte international actuel. La demande visant cette activité semble d’ailleurs très forte, tant sur le campus qu’auprès de notre clientèle et de nos partenaires locaux et à l’étranger.

Le produit de ce volet nourrira à la fois les problématiques et les analyses décrites ci-après, les cours et le matériel pédagogique développés par le titulaire, de même que les activités de liaison et de transfert de la Chaire.

Gouvernance des « biens publics » globaux

Nombre de critiques de la mondialisation se rapportent à l’incapacité des institutions et des organismes existants à gérer efficacement certains biens communs essentiels, comme la mer, l’atmosphère, l’équilibre climatique, le patrimoine génétique, etc. La difficulté de mieux faire en la matière tient au fait que, livré à lui-même, le marché mènerait à la surexploitation, voire à la destruction de ces biens, alors qu’il ne paraît pas devoir se constituer par ailleurs dans un avenir proche un gouvernement mondial capable de dissuader les abus.

Les nouvelles technologies de l’information et certaines innovations juridiques dans le domaine de la prévention des risques industriels majeurs permettent toutefois de miser désormais sur la mobilisation directe des parties concernées. Cette nouvelle avenue est rendue possible par l’obligation légale ou morale à laquelle les entreprises sont de plus en plus souvent tenues de divulguer publiquement la nature des risques et dommages qu’elles infligent, ainsi que les moyens qu’elles déploient pour les réduire. Cette véritable « Régulation par l’information », ainsi qu’on l’appelle, connaît actuellement un engouement certain, en France notamment, suite à l’explosion de l’usine AZF en septembre 2001 à Toulouse ou encore dans des pays en voie de développement, comme l’Indonésie, où elle a su d’elle-même faire reculer les pollueurs les plus récalcitrants.

Gouvernance et responsabilité sociale de l’entreprise

L’intérêt à l’égard de la question de la responsabilité sociale corporative date de la naissance des premières sociétés anonymes à capital-actions, au dix-neuvième siècle. Le sujet connaît actuellement une vogue considérable, étant donné le libéralisme florissant et le poids significatif de certaines sociétés transnationales qui échappent au contrôle des États.

On peut situer l’étude des mécanismes de gouvernance en matière de responsabilité sociale corporative dans le contexte du paradigme de la théorie de l’agence. Beaucoup de choses peuvent en effet être déduites des modèles d’agence commune avec tâches multiples, modèles où un agent (le PDG de la firme), soumis au contrôle de plusieurs principaux (les actionnaires et les autres parties prenantes de la firme) doit en réalité répartir son effort, non observable par les principaux, entre des tâches à visées purement financières et d’autres à portée non-financière. La conclusion la plus citée est que, dans un tel contexte, il devient généralement très difficile de contrôler et de motiver correctement l’agent.

Certains articles récents permettent toutefois de nuancer ce dernier résultat et d’entrevoir avec optimisme la possibilité d’une gouvernance effective de la responsabilité sociale corporative. Il convient maintenant d’examiner la concrétisation de la méthode proposée dans le contexte spécifique et crucial de l’entreprise transnationale. Ceci soulève des défis majeurs, notamment en matière d’élaboration de procédures d’audit social crédibles, de mécanismes d’engagement des parties prenantes (surtout lorsque celles-ci sont des gouvernements de pays en voie de développement) et de compréhension des composantes strictement managériales (prix de transfert, stratégies d’investissement, etc.) de l’activité transfrontalière.

Critères et protocoles expérimentaux de bonne gouvernance

L’analyse expérimentale s’est beaucoup développée en sciences économiques au cours des dernières années, au point de voir l’un de ses fondateurs, le professeur Vernon Smith de l’Université George Mason, recevoir cet automne le Prix Nobel. Du point de vue de la recherche, à caractère généralement prescriptif, ayant cours dans les écoles de gestion, l’Économie expérimentale permet désormais, grâce à la mise à l’essai contrôlée et au calibrage de véritables prototypes d’entreprise, de marché ou d’institution de réduire considérablement les impondérables, l’arbitraire et les coûteuses erreurs qui entravaient habituellement le passage des théories des chercheurs à la réalité des organisations.

Certains protocoles de gouvernance, fondés entre autres sur mes articles, sont actuellement étudiés au Laboratoire d’économie expérimentale du CIRANO. Plusieurs expériences sont prévues au cours des prochains mois/années. En plus de la production de divers articles scientifiques, on espère ainsi développer une méthode systématique de réforme de la gouvernance et de formation des parties concernées.